dimanche 4 août 2024

Souvenirs anciens et nouveaux

À l’été 1990, j’étais venue faire un stage au Crédit mutuel de Bretagne. De quesse?, que je vous entends demander.

Ce que Ronan Fouyet, le fils de monsieur Fouyet, un des dirigeants du CMB, voulait venir faire un stage en finances au Québec. Le monsieur Fouyet en question connaissait Pierre Paillé, un des dirigeants de la Fédération des caisses populaires de Montréal et de l’Ouest du Québec. Alors, les dirigeants de la FMO ont accepté que Ronan vienne faire son stage à Montréal et, en échange, ils ont aussi accepté qu’un enfant de dirigeant aille faire un stage à Brest. Sur qui vous pensez que c’est tombé, ce hasard-là? Ouan. Je suis à peu près certaine que le hasard ne m’a pas choisi… mais plutôt le fait que j’étais, à l’époque, déjà allée en France et que je connaissais bien le mouvement Desjardins pour y avoir travaillé pendant toutes les études de bac à l’université. J’avais 24 ans et je savais me tenir. Je n’allais pas faire honte à la FMO.

Faque le 15 juin 1990, le lendemain de la remise de mes notes à l’école secondaire où je venais de finir ma première année d’enseignement, j’ai pris l’avion pour Paris et de là, le train pour Brest, pour venir travailler pendant un mois, gracieuseté du CMB, de la FMO et de l’Office francoquébécois pour la jeunesse.

Évidemment, je ne pouvais pas travailler dans le domaine de la finance ou du marketing, qu’est-ce que j’y connaissais? J’avais proposé de faire un stage sur les communications dans le CMB: comment les caisses communiquent-elles entre elles? Avec le siège social? Quelles sont les publications du siège social? À qui sont-elles destinées? Vous voyez le topo? À la FMO, on ne s’attendait pas à grand-chose de ma part: j’étais la monnaie d’échange pour le stage de Ronan. La face de Gaétan Couture, le directeur des communications de la FMO, quand je lui ai remis un beau rapport de 80 pages sur les communications au CMB! En 1990, j’avais tout écrit à la main pendant mon séjour là-bas et j’avais tapé ça à l’ordinateur en revenant à Montréal, à la fin de l’été. Les gens du CMB m’avaient dit vouloir avoir une copie de mon rapport, n’en attendant pas trop grand-chose eux non plus. Je m’imagine encore leur face, recevant mon pavé par la poste.

Pourquoi je vous raconte ça? C’est que mon patron français, Jean-Michel LeBot, avait trouvé une chambre d’étudiante pour me loger pendant un mois, juste en face de chez lui. Le matin, c’est lui qui m’amenait au travail et le soir, je revenais avec Jacqueline, la secrétaire. Dans ce petit immeuble, il y avait 8 chambres d’étudiants, une cuisine commune et une toilette. Je n’ai pas de souvenir qu’il y avait une douche. C’était un autre époque. Évidemment, pas de salle commune pour veiller, pas de téléphone, pas de télévision, pas de radio. Aucune idée s’il y avait d’autres personnes avec moi dans l’immeuble. Un moment donné, il y a eu une fille dans la chambre à côté de la mienne. Un autre moment donné, il y a dû avoir plusieurs personnes parce que la cuisine était sans dessus dessous. Aucune idée qui avait mangé là, mais c’était le bordel. Un autre moment donné, la police (ou les gendarmes, je ne fais pas bien la différence…) a débarqué chez nous parce qu’ils cherchaient un type pour trafic de drogue. C’est ma voisine de chambre qui les avait accueilli. En plus, pour m’achever complètement, il a plu pendant les quatre semaines que j’ai été là. Je vous jure. Tellement, que j’ai demandé à mon patron (qui habitait en face, je vous le rappelle) s’il n’avait pas une petite chaufferette à me prêter pour couper l’humidité dans ma chambre.

Faque la chambre peu accueillante, l’édifice encore moins, la température, le gris de Brest (la ville a été totalement détruite à la fin de la guerre parce qu’elle abritait un port que les Allemands avaient investi – et elle a été mal reconstruite, dans le sens du vent qui vient du large) et le fait que les transports en commun arrêtaient à 20h, tout ça m’avait rendu salement déprimée. Comme je ne voulais pas manger chez moi (la vaisselle et les chaudrons étaient à la limite de leur vie utile), j’ai passé toutes mes soirées (je dis bien TOUTES mes soirées) chez Flunch, au centre-ville, à une trentaine de minutes de marche de chez moi. Flunch, c’est un resto très familial, une cafétéria où on commande un plat qu’on paye et qu’on va chercher au comptoir par la suite. Ce n’est pas extraordinairement bon, c’est dans l’ordre du comestible, mais au moins, il y avait du monde au Flunch de Brest et je m’y sentais en sécurité. J’y ai mangé du poulet avec des pommes de terre en purée, des fèves et des épinards, ou de la paella en quantité industrielle, d’autant plus que ce n’était pas trop cher pour mes petits moyens de l’époque.

C’est pour me rappeler cette époque, il y a 35 ans, que je fréquente le Flunch quand je suis en France. C’est ce que j’ai fait ce midi parce qu’il y en a un à Illkirch, à côté de mon Geispolsheim. C’est ouvert tous les jours, non-stop, de 11h à 22h, et il en coute moins de 20 euros pour manger. Je ne suis pas nostalgique du Flunch, allons donc, mais je me suis attachée à ce resto où j’ai mangé une bonne vingtaine de fois en 1990.

Rassurez-vous: j’ai survécu à ce mois déprimant… même si les vacances de cet été-là avaient été fort étranges. Pendant ce mois passé en Bretagne, j’avais profité de mes fins de semaine pour aller me faire voir ailleurs. J’étais allée à Saint-Malo, à Lorient (reçue par la cousine d’une amie de ma mère) et chez les Fouyet, à leur maison de campagne (avant le départ de Ronan). Une fois de retour à Paris, le 14 juillet, j’avais été abordée par un type qui, me montrant la photo de sa femme et de ses enfants, voulait avoir une relation intime avec moi. Euh? Non. Ce soir-là, j’étais allée souper chez André, un collègue de l’UQAM, qui me ramenait chez Marie-Ève (la sœur de mon mari, Pierre) qui habitait à Paris à l’époque. Dans la voiture, André me demande ce que je lui répondrais s’il me demandait qu’on couche ensemble… Je lui ai répondu qu’il n’en était pas question. Et ça s’est arrêté là. Chez Marie-Ève, je fais connaissance avec son mari, un Français qui chantait dans un groupe de musique bretonne. Son look me fait peur un peu. Le lendemain de mon arrivée, ils sacrent tous les deux leur camp pour quelques jours en Bretagne, sans ramasser la cuisine et les restants du souper. C’est pas des jokes, j’avais peur de laisser ma deuxième valise en consigne chez eux, de peur qu’ils vendent le stock dedans! Misère, lâchez-moi!

Pierre, mon mari, est arrivé à Paris quelques jours plus tard et on a sacré notre camp en Autriche. Ouf. J’avoue que j’étais très contente de le revoir, après ces 5 semaines à vivre vraiment toutes sortes d’affaires. C’est au retour d’Autriche qu’on s’était arrêté un tout petit peu en Alsace: on avait passé un après-midi à Colmar et un autre à Strasbourg. Je savais que je reviendrais. J’y étais repassée avec Anne et Anne-Marie en 1993, sur notre route vers… l’Autriche. Mais là, j’y suis pour quatre semaines. C’est assez (mais pas assez) pour découvrir.

Je me suis aussi fait des souvenirs récents. Après mon diner chez Flunch, je suis allée finir ma visite à Sélestat. Rappelez-vous: il pleuvait à siaux jeudi, quand j’y suis allée. J’avais été obligée de couper court, enfermée dans mon char. Ben là, dimanche aidant, j’y suis retournée. C’est une jolie petite ville, du moins dans son centre historique. Et c’est infiniment moins touristique que Colmar, Riquewihr ou Ribeauvillé, autour.







Ça s'appelle la place aux poissons...



J'aimais cette tite vieille qui jasait avec les gens en bas, sur la rue!

Tiens, petit chialage en souvenir d’une autre époque en finissant ce jour du Seigneur. Je suis toujours autant scandalisée de la quantité de fumeurs en France. Bah, qu’ils s’empoisonnent les poumons, s’ils le veulent. Mais que ça soit encore permis de fumer sur les terrasses, ça me rend folle. Ou, du moins, ça rend l’expérience terrasse très désagréable. Je suis certaine que si on empêchait de fumer sur les terrasses, la France compterait moins de fumeurs! C’est vraiment une plaie. À la limite, ils pourraient faire comme on faisait avant: une section pour les fumeurs et une autre pour les non-fumeurs.

 


 

1 commentaire:

  1. J'ai bien aimé ton histoire. Ce qu'une visite chez Flunch peut remémorer des souvenirs.

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