Dans le roman Le Liseur, de Bernhard Schlink, roman aimé et enseigné, le personnage principal, Michael Berg, va visiter le camp de concentration du Struthof-Natzweiler, question d’essayer de comprendre ce qui avait bien pu pousser Hanna, son amoureuse, à aller travailler au camp d’Auschwitz pendant la guerre. Ce camp est le seul situé en France, en Alsace, à l’époque où cette Alsace avait été annexée par l’Allemagne.
Alors, que pensez-vous que j’ai fait en ce mercredi chaud? Je suis allée visiter le camp du Struthof-Natzweiler, parce que c’est à 45 minutes de chez moi (remarquez que ça aurait été plus loin que je serais allée pareil!).
Le Struthof n’était pas un camp d’extermination de masse, comme l’avait été Auschwitz. C’était un camp de concentration, où on faisait travailler des prisonniers. Pourquoi ces hommes étaient-ils prisonniers? Bof. Trouvez une raison qui pouvait faire aux Allemands et ça sera ça. Les premiers arrivés sont principalement Allemands, des prisonniers politiques, des asociaux ou des prisonniers de droit commun. Après, des Soviétiques, des Tchèques, des Français, des Tziganes, des Juifs…
En fait, les géologues allemands avaient trouvé du granit rose sur le mont Louise, là où ils ont implanté le camp. Aucune idée de ce qu’on fait avec du granit rose, mais ça a l’air que ça les intéressait. Ils ont donc envoyé un paquet de prisonniers pour installer un camp d’abord (sur le dessus d’une montagne, une affaire facile…) et pour extraire le granit ensuite. À la fin de 1944, quand les Américains sont arrivés, les Allemands ont sacré le camp et tout est resté en l’état. Évidemment, avec le temps, ça s’est dégradé. Mais pour le devoir de mémoire et en mémoire, justement, des 20 000 hommes qui y sont morts de froid, de faim et d’épuisement, le gouvernement français et alsacien a décidé de reniper un peu la chose pour que les gens puissent savoir.
C’est devenu, aujourd’hui, le Centre national du résistant déporté, le bien-nommé CNRD. Ça explique que c’était surtout des résistants qui étaient envoyés là, pour aller travailler sous les ordres de quelques Allemands, mais surtout des Kapo, d’autres prisonniers à qui on donnait des responsabilités.
Il ne reste aucun baraquement où les prisonniers étaient entassés à 600, alors que c’était conçu pour 200. Il reste une partie du camp d’accueil où on voit les salles où les prisonniers se déshabillaient, se faisaient raser et devaient prendre une douche. C’est qu’on avait peur des poux, chez les Allemands.
Le camp faisait aussi des expériences médicales sur des détenus. Les Allemands ont gardé, entre autres, des cadavres de juifs dans du formol pendant quelques années. C’est grâce à l’indiscrétion d’un garde qu’on sait qui sont ces 86 morts: il avait noté les numéros des prisonniers qui avaient été envoyés d’Auschwitz (qui avaient leur numéro tatoué sur leur avant-bras, on s’en rappellera de sinistre mémoire). Le camp a aussi été le lieu d’exécution pour des condamnations à mort prononcées par les tribunaux d’Alsace et de Moselle, juste à côté.
Comme ce n’était pas un camp d’extermination massive, le camp ne savait pas trop quoi faire avec ses morts… alors, il les brulait. Mais comme il ne savait pas quoi faire avec les cendres, il les sacrait là, dans le trou, avec les égouts… Comme a dit un des prisonniers, les Allemands n’avaient aucun respect, ni pour la vie ni pour la mort.
| Le lieu où la cendre et les égouts étaient déversés... |
Si vous connaissez un peu votre géographie, vous pouvez très bien imaginer que le camp a été le premier à être libéré par l’armée américaine, en repoussant les Allemands dans leur territoire. Ils n’ont pas trop su ce sur quoi ils venaient de tomber. Après, en libérant les autres camps, ils ont été capables de faire des liens…
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